story #3

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in partnership with WIPART Production

she’s a ceramicist and works in Paris

 
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Emmanuelle Roule est designer et céramiste. Sa pratique questionne le volume et l’espace au travers du modelage et de la sculpture et s’encre dans une forte dimension architecturale, ce qu’elle appelle - la géographie de la forme -. Ses pièces sont régulièrement exposées, on retiendra notamment la Design Parade de la Villa Noailles à Toulon en 2018, ainsi qu’un duo show à Arles en mars 2019. Elle co-fonde en 2017 le collectif de céramistes gangster basé à Paris, également lieu dans lequel est situé son atelier. Profondément pluridisciplinaire, Emmanuelle tend à faire cohabiter ses différentes pratiques : la céramique, le graphisme et le design. Pour atelier stories, elle a conçu 3 nouvelles pièces en céramique inspirées de la notion d’alterité et du concept japonais du MA_ (la façon de considérer l’intervalle, l’interstice, la recherche de l’équilibre dans toutes choses) ainsi qu’une affiche qui intègre des éléments céramiques à son univers graphique.

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Emmanuelle Roule is designer and ceramicist. Her work questions volume and space through modelling and sculpture with a strong architectural aspect, this is what she calls – the geography of form -. Her work is regularly showed, one remembers the Design Parade, Villa Noailles, in Toulon (2018) or her last duo show in Arles (2019). She co-created in 2017 the ceramicists collective “gangster” based in Paris, where she has her studio. Emmanuelle is an artist who has a multi-field practice - ceramics, graphic design and design - and desires to make them coexist. For atelier stories, she created 3 new ceramics inspired by the concept of otherness and Japanese notion of MA_ (i.e. the way of considering gaps, interstices, and to search for balance in everything) as well as a graphic poster that integrates ceramics elements to her visual universe.


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ceramics (by order of appearance)

Emmanuelle Roule, SCULPTURE MA_08 | Micro-architecture composite | Unique piece | 2019 ceramic, white sandstone, glazed, 5 shades | H 26 L 45 cm

Emmanuelle Roule, SCULPTURE MA_09 | Micro-architecture | Unique piece | 2019 ceramic, white sandstone, glazed, 7 shades | H 42 L 22 cm

Emmanuelle Roule, SCULPTURE MA_07 | Micro-architecture | Unique piece | 2019 ceramic, white sandstone, glazed, 4 shades | H 18 L 21 cm

EUR 900 TTC

graphic posters (by order of appearance)

Emmanuelle Roule, FormatForma 01 __ expanded architecture, satin art paper 200gr, 50x70 cm, unframed, limited edition of 12.

Emmanuelle Roule, FormatForma 02 __ expanded architecture, satin art paper 200gr, 50x70 cm, unframed, limited edition of 12.

EUR 90 TTC

Emmanuelle Roule, FormatForma 01 __ expanded architecture, satin art paper 200gr, 50x70 cm (oak frame, 60x80cm), limited edition of 12.

Emmanuelle Roule, FormatForma 01 __ expanded architecture, satin art paper 200gr, 50x70 cm (oak frame, 60x80cm), limited edition of 12.

EUR 150 TTC

if want to acquire an artwork, all you have to do is send us an email (hello@atelier-stories.com) and we’ll organize everything. you’ll purchase directly from artist and we’ll decide together how to ship. we can also advise as regard to the installation of the artwork. prices include taxes and we’ll deliver you a certificate of authenticity. it’s simple!

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at Emmanuelle's studio, by Claire Illi

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“…Ceramics simply happened. It wasn’t an accident, but neither something I’ve foreseen. I have not chosen ceramics. It is rather something that happened, as gangster happened [i.e. ceramicists joint co-founded by Emmanuelle]…” read more

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“…Le cours [de céramique] en lui-même était classique, mais le professeur lui, n’avait rien de classique. Je dis souvent qu’il ne m’a pas transmis des connaissances classiques ou académiques, mais m’a invitée à expérimenter, à tester. Cela m’a permis dès le départ d’appréhender la céramique de façon totalement décomplexée. La technique (ou le manque de technique plutôt) n’a jamais été un frein, au contraire, elle m’invitait sans cesse à chercher, à éprouver, comprendre…” lire plus

 
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“… Je développe, au sein de mon studio et atelier, un travail d’expérimentations artistiques autour du matériau céramique. Une pratique qui questionne le volume et l’espace au travers du modelage et de la sculpture, en lien avec la notion japonaise du MA_ ancrée dans une forte dimension architecturale. Ce que je nomme la géographie de la forme…” lire plus

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“ …Let me explain. MA_ is a concept that I discovered back in 2013 during a trip in Japan. This trip happened to be a trigger in my work. MA_ is a way to consider gaps, interstices, and to search for balance in everything. MA_ exists in theatre, music, architecture, in basically every artistic practice. In music for example, it is translated by how silence is necessary for sounds, in architecture, it comes to voids inside spaces, a shadow that draws a form, a counter form that appears like a transition, a complement, a balance underling the whole. The elements appearing in hollow, the invisible and untouchable become what is the most interesting. MA_ also applies to interpersonal relations. In Japan, there are codes as regard to the distance a person should respect toward another, the amount of distance depends of the type of relationship at stake. For example, the “seken” applies when two persons know each other without being too close, a certain distance shall be respected physically, with gestures, and into space. I believe this question of otherness echoed to what I was just beginning to touch in my artistic practice…” read more

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“…First, I draw. A lot. I don’t really create or build what I draw but it gives me a direction, a way to follow…” read more

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“… Je pratique le modelage de la terre dans une approche sculpturale. Mon outil de prédilection est le couteau et des réglettes/lames en inox et aluminium que je me suis fabriqué au fil des années. Je n’utilise pas de tour car je trouve que cela induit une posture physique immobile et un protocole de fabrication et d’amplitude de gestes trop fermé et contraint. J’ai plutôt besoin de tourner autour de mes pièces. Je les travaille sur des tables hautes posées sur des tournettes en fonte ou directement au sol…” lire plus

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“…Glazing is a step that I sacralise. It is very different from sculpture. It is a protocol that I prepare and that I need to over think. Before glazing, I can spend weeks imagining how colours will look on the piece, during this time, the scuplted piece is waiting. As soon as I have found, I know exactly where I am going.

I like working in a blind manner, it means that I don’t try my glazes before using them on my pieces. I like the insecurity and instability of colours. During glazing I need to be alone and over concentrated. I need silence. I write everything I do. When I am finished with a glazing cession, I am always exhausted. I put the pieces into the oven and must wait 48h of cooking to see the result…” read more

 
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“…Une de mes références, c’est l’ouvrage écrit par Tim Ingold, Faire - Anthropologie, Archéologie, Art et Architecture. Ce livre traite du croisement des pratiques et de remettre en question la vision antique du dualisme qui existe entre le « manuel » et l’ « intellectuel ». Il parle de la correspondance entre les pratiques manuelles et les matériaux, de l’origine des formes, de la rencontre entre le matériau et la pratique de la main. C’est quelque chose qui raisonne beaucoup dans ma pratique. Je contrains la terre à prendre une certaine forme, toutefois, la terre a sa volonté propre, elle ne prendra pas nécessairement la forme que j’ai projetée pour elle. Les défauts sont des marqueurs de rencontre. J’aime ce que je ne maîtrise pas, comme la couleur par exemple. Cette incertitude transforme les défournements en une véritable aventure, c’est un sentiment de l’ordre de l'adrénaline !…”

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Comment as-tu rencontré la céramique?

La céramique m’est en quelque sorte « tombée dessus ». Ce n’est pas un accident, mais pas non plus un événement prémédité, de la même manière que gangster m’est « tombé dessus » (i.e. le collectif de céramiste co-crée par Emmanuelle). C’était en 2012, cela faisait 6 ans que je faisais partie du Parti Poétique, un projet artistique liant des enjeux écologiques autour de la conception de scénographies et d’installations dans l’espace public à travers un médium quelque peu singulier, l’abeille. Je travaillais également en parallèle en tant que graphiste et directeur artistique. J’avais besoin de retrouver une pratique personnelle, hors d’un travail de commande et d’une dimension collective, en plus du dessin que j’ai toujours pratiqué. Je vivais à l’époque à Saint-Denis et suis tombée sur une école d’art plastique qui offrait des cours de céramique. Durant mes études d’arts appliqués, j’avais testé beaucoup de techniques, mais pas la céramique. Je me suis inscrite sans rien projeter, je savais seulement que ce cours était très demandé et qu’il y avait peu de chance pour que j’y obtienne une place. J’ai été prise 3 années d’affilées, à raison de 3 heures par semaine.

Le cours en lui-même était classique, mais le professeur lui, n’avait rien de classique. Je dis souvent qu’il ne m’a pas transmis des connaissances classiques ou académiques, mais m’a invitée à expérimenter, à tester. Cela m’a permis dès le départ d’appréhender la céramique de façon totalement décomplexée. La technique (ou le manque de technique plutôt) n’a jamais été un frein, au contraire, elle m’invitait sans cesse à chercher, à éprouver, comprendre. Dès le premier cours la rencontre avec le matériau céramique a été une évidence. Je me suis tout de suite placée dans un registre sculptural. J’ai tout de suite eu envie de faire du modelage, avec un outil particulier, le couteau, outil qui deviendra mon outil de prédilection. J’ai testé le tour mais cela ne m’a pas plu. Je préfère tourner autour de mes pièces plutôt que l’immobilité induite par le processus de tournage. La première magie a été de voir apparaître des formes, je voyais un lien fort se dessiner avec mes dessins et la connexion aux installations que nous réalisions dans l’espace public. J’ai alors compris que la céramique m’a permis d’appréhender l’échelle intermédiaire entre la maquette et l’installation.

Ce qui m’a plu également très vite et je dirais même fascinée, c’était le travail des émaux et de la couleur. L’émaillage est le seul travail artistique pour lequel la coloration se fait à l’aveugle, c’est-à-dire que les émaux sont blancs jusqu’à ce qu’ils soient cuits, on ne peut donc pas connaître le rendu de la couleur lorsqu’on l’applique sur la pièce. Il y a une dimension aléatoire qui m’a tout de suite plu. J’ai aimé tester les couleurs directement sur mes pièces, sans faire des tests préalables, cultivant cette dimension aléatoire. Mon professeur m’a encouragée et j’ai voulu poursuivre. Au bout de 3 ans, il  pris sa retraite, quant à moi j’ai déménagé de Saint-Denis et j’ai dû arrêter la céramique pendant un an et demi faute d’atelier. L’envie de continuer était là, plus forte que jamais. J’ai fais des workshops, des formations.

Et puis un jour, une rencontre inattendue avec un lieu qui inaugurait la seconde étape du chemin. Cette rencontre, je l’ai faite avec une autre céramiste, Léa (Munsch), lorsque nous sommes tombées sur un espace vacant dans la cour de son immeuble. Nous avons visité le lieu et il nous a tout de suite paru évident que c’était l’endroit idéal pour fonder un atelier. Il était clair que le collectif était le moyen idéal pour faire vivre le lieu. Nous avons donc trouvé deux autres acolytes et nous sommes lancées dans 3 mois de chantier. C’est ainsi que naît gangster au printemps 2017. L’idée était d’insuffler une pratique collective, tout en valorisant nos 4 pratiques personnelles. Cela a posait beaucoup de questions car la céramique est a priori une pratique plutôt individuelle, c’était un challenge, mais cela a fonctionné !

Qu’évoque la forme pour toi?

Je développe, au sein de mon studio et atelier, un travail d’expérimentations artistiques autour du matériau céramique. Une pratique qui questionne le volume et l’espace au travers du modelage et de la sculpture, en lien avec la notion japonaise du MA_ ancrée dans une forte dimension architecturale. Ce que je nomme la géographie de la forme.

Je m’explique. Le MA_ est un concept que j’ai découvert en 2013 lors d’un voyage au Japon, qui a été un vrai déclic dans mon travail. Le MA_ est la façon de considérer l’intervalle, l’interstice, la recherche de l’équilibre dans toute chose. Le MA_ s’applique dans le théâtre, l’architecture, la musique, dans toutes les pratiques artistiques. Dans la musique par exemple, il se traduit par la manière dont le silence est nécessaire au son, dans l’architecture il s’agit des vides dans l’espace, l’ombre qui dessine une autre forme, une contre-forme qui apparaît comme une transition, un complément, un équilibre qui vient souligner l’ensemble. Les éléments qui apparaissent en creux, l’invisible et l’impalpable deviennent les plus intéressants. Le MA_ s’applique aussi aux relations interpersonnelles. Au Japon, il y a des codes de distance à tenir avec les autres en fonction du type de relation que l’on entretient avec eux. Par exemple le « seken » est le fait de jauger une distance avec des personnes que l’on connait mais dont on n’est pas proche. Pour marquer cette relation, il faut garder cette distance, physiquement, dans l’espace et dans les gestes. Cette question d’altérité faisait fortement écho à ce que je commençais à peine à nommer dans ma pratique.

Dans mon travail, je matérialise le MA_ par l’utilisation de vides et de pleins, je construis des éléments, des registres formels que j’agglomère et qui deviennent des micro-espaces, micro-architectures. Je dessine des intervalles, ainsi apparait une géographie de la forme.

Chacune de mes pièces est unique, elles ne s’inscrivent pas dans des séries mais dans des déclinaisons issues d’un processus expérimental. Elles sont le résultat d’un travail exploratoire mené autour de la lumière, de la matière et de la forme, je suis également très attentive aux relations qui existent entre les pièces, ainsi qu’avec l’espace environnant. La dimension architecturale est forte dans mon travail. Je suis passionnée d’architecture (industrielle, pavillonnaire, brutaliste...) - d’ici et d’ailleurs-, mon travail questionne la notion d’espace, soit de l’espace à soi et de l’espace de l’autre, ainsi que les notions de circulation et de cohabitation. J’aime appréhender les connexions, autant dans la symbiose que l’ambivalence, entre les matériaux, les couleurs, afin de questionner la notion même d’altérité.

Quels sont les moments forts dans ta relation à l’art?

Je pense à une exposition de Pierre Huyghe au Centre Pompidou en 2013. C’est un artiste qui s’interroge notamment sur les rapports entre réel et fiction. C’est aussi un artiste qui s’exprime de différentes façons, vidéaste, plasticien, designer. Cette multidisciplinarité m’intéresse drôlement. Ses installations sont des immersions, un monde en soi, quand on s’y promène, on traverse des étapes, des processus et des perturbateurs interagissent. Son travail est multiple tout en étant parfaitement cohérent.

J’ai déjà parlé du Japon et de la découverte du MA_, de l’altérité.

J’aime aussi la galerie de la minéralogie à Paris, où je vais souvent. C’est un lieu assez sombre, le rapport à la lumière y est intéressant, le spectre formel des minéraux est fascinant. On réalise que toutes les formes sont dans la nature et qu’on ne mesure pas à quel point elle produit des choses extraordinaires, des pierres phosphorescentes, des vrais ovnis. Je m’inspire beaucoup des formes et couleurs, mais ce n’est pas une lecture littérale, je n’essaie pas de reproduire quelque chose en particulier, je regarde.Ton processus créatif?

Je commence par dessiner. Je dessine beaucoup, même si je ne réalise pas forcément ce que je dessine. Cela me donne une direction, un chemin à suivre.

Je pratique le modelage de la terre dans une approche sculpturale. Mon outil de prédilection est le couteau et des réglettes/lames en inox et aluminium que je me suis fabriqué au fil des années. Je n’utilise pas de tour car je trouve que cela induit une posture physique immobile et un protocole de fabrication et d’amplitude de gestes trop fermé et contraint. J’ai plutôt besoin de tourner autour de mes pièces. Je les travaille sur des tables hautes posées sur des tournettes en fonte ou directement au sol.

Je construis mes pièces sur plusieurs jours, plusieurs semaines. Je travaille toujours sur plusieurs pièces à la fois. Je recherche perpétuellement l’équilibre entre la forme, la composition et l’espace environnement. Je construits des micro-architectures, un agglomérat de formes, pièces, qui s’assemblent autour de la notion d’altérité, se jouant de la connivence entre le plein et le vide, l’ombre et la lumière.

L’émaillage est une étape que je sacralise, bien différente de celle de la sculpture. C’est un protocole que je mets en place et que j’ai besoin de sur-penser. Dans les semaines qui précèdent l’émaillage, je projette les couleurs sur la pièce, j’imagine le rendu. La pièce attend jusqu’au moment où je trouve, je sais alors exactement où je vais. J’aime travailler à l’aveugle, c’est à dire que je ne teste pas mes émaux avant des les appliquer sur mes pièces. J’aime l’insécurité et l’instabilité de la couleur. Pour cette étape, j’ai besoin d’être seule et ultra concentrée, en huis-clos et dans le silence. Je note tout ce que je fais. Lorsque je sors d’une session, je suis vidée. Je mets les pièces dans le four, et doit attendre les 48 heures de cuisson pour voir le résultat. 

Une de mes références, c’est l’ouvrage écrit par Tim Ingold, Faire - Anthropologie, Archéologie, Art et Architecture. Ce livre traite du croisement des pratiques et de remettre en question la vision antique du dualisme qui existe entre le « manuel » et l’ « intellectuel ». Il parle de la correspondance entre les pratiques manuelles et les matériaux, de l’origine des formes, de la rencontre entre le matériau et la pratique de la main. C’est quelque chose qui raisonne beaucoup dans ma pratique. Je contrains la terre à prendre une certaine forme, toutefois, la terre a sa volonté propre, elle ne prendra pas nécessairement la forme que j’ai projetée pour elle. Les défauts sont des marqueurs de rencontre. J’aime ce que je ne maîtrise pas, comme la couleur par exemple. Cette incertitude transforme les défournements en une véritable aventure, c’est un sentiment de l’ordre de l'adrénaline !

Comment appréhendes tu ta multidisciplinarité?

J’ai toujours concilié plusieurs pratiques, je ne peux pas fonctionner autrement. En ce moment j’explore principalement la céramique, le graphisme. L’une nourrit l’autre. J’ai besoin de ce ping-pong. Le graphisme est le premier langage que j’ai développé, mon premier terrain de jeu, avec le dessin. Je considère l’image comme un espace à composer. Selon moi, il y a un aspect graphique fort dans la céramique. Pourtant, le contraire n’est pas forcément vrai. Je tends donc à apporter de la matière dans mon travail de graphisme, ouvrir des ponts, l’un répondant à l'autre. Pour les affiches que j’ai créées pour atelier stories, la céramique entre de manière littérale dans le graphisme. Une recherche sur la question du bâtir, bâtir une forme, une image, un espace. L’espace lui même est multiple, pour preuve en typographie on parle d’une espace au féminin, et sa définition rejoint à nouveau le MA_: un caractère particulier qui permet d'insérer un espacement blanc dans le texte.

J’aime également la rencontre que peut générer le travail de la céramique avec l’artisanat ou la création contemporaine, liant les gestes ou contextes actuels. Ce qui me plait c’est de croiser ma pratique avec d’autres savoir-faire, celles de doreurs, tourneurs de bois, artisans du verre. C’est aussi un chemin d’évolution de mon travail, une autre forme d’altérité et de croisements. Évoluer vers des dispositifs d’installations plus immersifs, des espaces dans l’espace.

Quels sont les moments forts dans ta relation à l’art?

Je pense à une exposition de Pierre Huyghe au Centre Pompidou en 2013. C’est un artiste qui s’interroge notamment sur les rapports entre réel et fiction. C’est aussi un artiste qui s’exprime de différentes façons, vidéaste, plasticien, designer. Cette multidisciplinarité m’intéresse drôlement. Ses installations sont des immersions, un monde en soi, quand on s’y promène, on traverse des étapes, des processus et des perturbateurs interagissent. Son travail est multiple tout en étant parfaitement cohérent.

J’ai déjà parlé du Japon et de la découverte du MA_, de l’altérité.

J’aime aussi la galerie de la minéralogie à Paris, où je vais souvent. C’est un lieu assez sombre, le rapport à la lumière y est intéressant, le spectre formel des minéraux est fascinant. On réalise que toutes les formes sont dans la nature et qu’on ne mesure pas à quel point elle produit des choses extraordinaires, des pierres phosphorescentes, des vrais ovnis. Je m’inspire beaucoup des formes et couleurs, mais ce n’est pas une lecture littérale, je n’essaie pas de reproduire quelque chose en particulier, je regarde.

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How did you meet ceramics?

Ceramics simply happened. It wasn’t an accident, but neither something I’ve foreseen. I have not chosen ceramics. It is rather something that happened, as gangster happened [i.e. ceramicists joint co-founded by Emmanuelle]. It was back in 2012, after six years into Le Parti Poétique, an artistic project with ecological purposes, creating scenography and installations for public space, through a rather special media, bees. I was simultaneously working as a graphic designer and artistic director. I needed a private artistic activity beside commissioned/collective work and drawings that I’ve always been practicing. I was living in Saint-Denis and came across an art school that was offering ceramics classes. During my art studies, I had experimented a lot of technics, but not ceramics. I subscribed without foreseeing anything. I only knew this class was highly popular and there were little chances that I got a spot. And I got one, for 3 years in a row, 3 hours each week.

The class itself was traditional, but the teacher wasn’t at all. He did not teach me the classical and academic technics, but invited me to experiment, to try. From the beginning, I’ve apprehended ceramics in an uncomplicated way. I’ve never considered my lack of traditional technics as an obstacle, on the contrary it has pushed me forward, to constantly search, understand and experience. When I met the ceramic material for the first time, I though it was obvious. At once, I’ve chosen to be sculptural, and to model clay with knives. Knife has always been my predilection tool. I’ve tried to work with a wheel but I don’t like the immobility that it implies. I prefer to turn around my sculptures. The first magic happened when shapes began to appear and when I started to notice a strong link between ceramics, my drawings, and the installations we made in the public space with Le Parti Poétique. I understood that ceramics was the intermediate size between models and installations.

Glazing and working with colours has fascinated me at once. Glazing is the only artistic work during which coloration is made “blindly” (i.e. glazes are white until they are cooked). There is a certain hazard that I’ve instantly liked. From the beginning, I have liked to test my colours directly on my pieces, and nurtured this randomness. After 3 years into the class, my teacher retired and I moved out of Saint-Denis. I had to stop my practice for 1.5 years, because I had no place to do it. But I wanted to continue, maybe more than ever. I therefore followed workshops and trainings.

Second step of the way occured with an unexpected encounter. It happened alongside another ceramicist, Léa (Munsch) when we came across an empty space inside her building courtyard. When we visited it, it became obvious that it was ideal to create a ceramics studio. It was clear that we wanted to do it through a joint of people, we therefore searched for 2 other ceramicists. After 3 months of construction works, gangster was born. It was in spring 2017. Our idea was to inject a collective practice while enhancing our 4 personal works. It raised a lot of questions, because ceramics is a priori more of an individual practice, it was a challenge, but it worked!

What does shape means to you?  

I am developing artistic experimentations around the ceramics material. I have a practice that questions volume and space through modelling and sculpture, linked with the Japanese notion of MA_ and rooted in a strong architectural dimension. This is what I call « geography of form ».

Let me explain. MA_ is a concept that I discovered back in 2013 during a trip in Japan. This trip happened to be a trigger in my work. MA_ is a way to consider gaps, interstices, and to search for balance in everything. MA_ exists in theatre, music, architecture, in basically every artistic practice. In music for example, it is translated by how silence is necessary for sounds, in architecture, it comes to voids inside spaces, a shadow that draws a form, a counter form that appears like a transition, a complement, a balance underling the whole. The elements appearing in hollow, the invisible and untouchable become what is the most interesting. MA_ also applies to interpersonal relations. In Japan, there are codes as regard to the distance a person should respect toward another, the amount of distance depends of the type of relationship at stake. For example, the “seken” applies when two persons know each other without being too close, a certain distance shall be respected physically, with gestures, and into space. I believe this question of otherness echoed to what I was just beginning to touch in my artistic practice.  

In my work I materialize MA_ by using voids and filled. I build elements, formal registries, that agglomerate and become micro spaces, micro architectures. I draw interstices in order to create geography of form.

Each piece is unique, I don’t make series, but rather declinations coming from an experimental process. My pieces are the result of an exploratory work around light, material, form, a research on how they interact between themselves and with space around. My work has a strong architectural dimension. I am impassioned by architecture (industrial, suburban, brutalism). Trough micro architectures that I build, my work questions space, our relation to ourselves, our relations to the others, what place the others take, the concepts of circulation and cohabitation. I would like to apprehend the connexions, symbiosis and ambivalence, between materials, colours, in order to question the notion of otherness.

What are your strongest moments in your relation with art?

I remember an exhibition of Pierre Huyghe at Centre Pompidou in 2013. He’s an artist who is particularly interested in relations existing between what is real and fiction. He expresses himself through a lot of ways, he makes videos, he’s a visual artist, a designer. I am very interested by his multidisciplinarity. He creates immersive installations, they are worlds for themselves, when we wander inside we go through steps, processes, and elements of disturbances. His work is multiple but stays consistent. This is what I liked.

I already mentioned Japan and my encounter with MA_, with otherness.

I especially like the gallery of mineralogy in Paris. It’s always important when I visit it. It’s a rather dark place and I like how light is thought. The formal spectre of minerals is fascinating. It’s a place where we realise that all shapes are in the nature and we don’t understand how nature produce extraordinary elements, phosphorescent stones, real UFOs. I gather inspiration in shapes and colours, but it is not a literal inspiration, I don’t try to replicate, I am just looking around.

What about your creative process?

First, I draw. A lot. I don’t really create or build what I draw but it gives me a direction, a way to follow.

I sculpt and I model clay into a sculptural approach. My favourite tool is knife and rulers/blades out of stainless steel that I’ve built over the years. I don’t use the wheel because I believe it leads to immobility and gestures that I find constraint and closed. I rather need to turn around my pieces. I am working either on standing tables or on the floor.

I build my pieces over several days, or weeks. I am always working on several pieces at a time. I am constantly searching balance between form, composition and surrounding space. I build micro-architectures, agglomerate of forms, pieces that come together around the notion of otherness, playing between voids and filled, shadow and light.

Glazing is a step that I sacralise. It is very different from sculpture. It is a protocol that I prepare and that I need to over think. Before glazing, I can spend weeks imagining how colours will look on the piece, during this time, the scuplted piece is waiting. As soon as I have found, I know exactly where I am going.

I like working in a blind manner, it means that I don’t try my glazes before using them on my pieces. I like the insecurity and instability of colours. During glazing I need to be alone and over concentrated. I need silence. I write everything I do. When I am finished with a glazing cession, I am always exhausted. I put the pieces into the oven and must wait 48h of cooking to see the result.

One of my favourite references is the book written by Tim Ingold, Making: Anthropology, Archaeology, Art and Architecture (2013). This book is about crossing different practices and calling into question the antic dualism that exists between what is “manual” and “intellectual”. Ingold speaks about connection between manual practices, origins of forms, encounter with material and hand working. It resonates into my own practice because I force the clay to take a certain shape, however clay has its own will, it won’t necessarily take the shape I intended it to take. The imperfections, mistakes, defects are for me a way to encounter my work. I like what I don’t master, colours for example. This uncertainty turns the step of oven opening (after cooking) into a real adventure, implying a certain dose of adrenaline!.

How do you deal with your multidisciplinarity?

I’ve always conciliated several artistic practices. I can’t work differently. At this time of my life, I explore ceramics and graphic design. One nurtures the other. I need this Ping-Pong. Graphic design is the first language that I developed, my first play ground, alongside drawing. I consider image as a space to be composed. According to me, there is a graphic aspect inside ceramics. However, I believe that the contrary is not necessarily true. I therefore try to bring substance into graphic design. I would like to link both sides, one answering the first. For the poster I’ve created for atelier stories, ceramics literally comes into graphics design. It is a search about building, building shapes, images, spaces. Space itself is multiple. In typography, letter spacing is a feminine name (in French) and can be define as, a special character that enables to insert a white space inside the text. This definition connects with definition of MA_.

I also like the encounter between ceramics and craftsmanship or contemporary creation. What I like is to cross my own practice with other expertises, like gilders, wood turners, and glassmakers. This is a way I see my work evolving to another forms of otherness and intersection.